C’était une opportunité qu’il ne fallait pas louper : sauter d’hélico ! Et gratuitement, en plus !

Ce samedi 21 mai 1988, le supermarché Rond-Point de Boulazac, près de Périgueux, fêtait un anniversaire d’ouverture. Il avait sollicité le CERP pour que les parachutistes assurent l’animation avec des sauts d’hélicoptère.

C’était un Bell 206, version longue appelée Long Ranger, qui pouvait emmener cinq ou six passagers.

Un militaire expérimenté avait été désigné comme responsable et largueur, mais j’ai oublié son nom.

L’hélico s’était posé sur un espace délimité par des barrières, sur le parking du supermarché. Nous étions allés à la rencontre des responsables et leur avions expliqué que nous attendions que la couche nuageuse s’élève pour décoller.

Le militaire avait rappelé les consignes en cas de libération de l’un d’entre nous : l’un suivrait le para sous réserve et l’autre la voile libérée pour la récupérer.

Bien lui en a pris, car c’est lui qui fit une libération dès le premier saut ! De plus, nous étions sortis à 900 mètres car l’hélico volait déjà dans les barbules.

Étant le plus proche, j’ai suivi la voile et me suis posé avec elle dans l’enceinte d’un centre de formation professionnelle pour adultes. Stupéfait, j’ai assisté à un carambolage de voitures dont les conducteurs, nez en l’air, avaient oublié de regarder devant !

Le militaire, quant à lui, est allé percuter violemment les barrières et s’est fait une entorse. Effrayé, le directeur du magasin a voulu annuler l’événement, et le militaire a dû le convaincre que ce n’était rien.

Les rotations ont repris peu après sans lui, mais un drame a failli se produire à mes dépens.

Pour éviter que les ceintures battent contre la cellule comme lors du premier vol, il avait été décidé de les verrouiller et de s’asseoir dessus. À cette époque, nos ensembles principal-secours étaient volumineux et nous avions du mal à nous caser à trois de rang sur la banquette arrière.

Juste après le décollage, vers une trentaine de mètres, la porte à côté de laquelle je me trouvais a cédé sous la pression et j’ai manqué basculer. J’ai été rattrapé juste à temps par le collègue assis à côté de moi.

Au saut suivant, il fut décidé de nous attacher pour la montée et de rattacher les ceintures avant de sauter.

Au sol, je discutais avec le pilote, qui s’ennuyait ferme et souffrait visiblement de ne pas être l’attraction des spectateurs. Je m’étonnais qu’il ne nous regarde pas partir quand nous sautions, comme le faisaient les pilotes avion de Bergerac.

Il m’a expliqué qu’il devait se concentrer sur les instruments et que le pilotage d’un hélico dans ces conditions nécessitait une concentration extrême.

Au saut suivant, étant le dernier à partir, j’ai décidé d’avancer sur le patin pour être à sa hauteur et lui faire un signe en partant. J’étais à trente centimètres de son visage, séparé par le plexiglas, et il semblait ne pas me voir.

Le temps passant, j’ai décidé de taper sur le carreau pour attirer son attention.

Il a été pris d’un mouvement de recul mêlé de surprise et de peur, qui a fait s’incliner brutalement l’appareil à gauche et provoqué mon lâcher !

Il s’imaginait seul et ne s’attendait pas à voir une figure humaine à ses côtés dans l’environnement fantasmagorique des nuages.

J’en ai pris plein la tête une fois au sol !

Était-ce à cause de ma plaisanterie ou de sa frustration d’être ignoré par les badauds ? Toujours est-il qu’au retour vers l’aéroport, il nous a gratifiés d’un vol tactique à grande vitesse, basse hauteur, en jouant à saute-mouton avec les arbres.

S’il voulait nous montrer ses talents improbables, en tout cas il nous a bien effrayés.

Il a repris de l’altitude avant de contacter le contrôle du terrain et nous a demandé de ne parler à personne de son exploit.

J’ai tenu parole… jusqu’à aujourd’hui !