Ce dimanche 10 juillet 1988, c’est la fête sur le petit aérodrome d’Augignac, situé près de Nontron, au nord de la Dordogne. Le CERP de Bergerac a été sollicité pour larguer des parachutistes.
Deux rotations sont prévues, mais comme le terrain est loin, il est décidé de faire appel à une société aérienne basée sur l’aéroport afin de ne pas priver le Centre d’un de ses avions en ce jour d’affluence.
Ce sera un petit Cessna 172 qui emmènera trois parachutistes. Le siège avant droit et la portière attenante ont été démontés pour l’occasion.
Le vol aller se passe normalement, le largage a lieu et le Cessna part se poser à Périgueux car les 520 mètres de piste d’Augignac ne lui permettent pas de redécoller en sécurité.
Nous replions les parachutes sous le regard des villageois et il est prévu que nous rejoignions le Cessna à Périgueux à bord d’un Rallye afin de revenir sauter à Augignac.
Le propriétaire du Rallye est visiblement un homme qui a réussi dans la vie et son attitude dégage une certaine satisfaction. Il est heureux d’être sous les feux de la rampe et tout son être exprime l’importance de son rôle dans le meeting :
Il ramène les parachutistes !
Nous montons tout équipés dans son avion car, de toute manière, il n’y aurait pas eu la place de loger le matériel en soute.
L’avion parvient en fin de vent arrière à Périgueux. Un autre appareil se signale en dernier virage et, soudainement, tel un matamore, notre pilote vire brutalement en base rapprochée, jugeant qu’il peut se poser avant l’autre.
Horrifiés, nous voyons l’autre avion, établi en finale, manquer de nous percuter !
Je me suis alors dit que c’était vraiment idiot de mourir en avion avec un parachute devenu inutile sur le dos.
Il y eut une explication houleuse au sol entre les deux protagonistes, mais nous n’en avons cure et montons dans le Cessna pour le deuxième saut à Augignac.
L’avion tourne, tourne…
Puis son pilote nous annonce qu’il ne retrouve plus le terrain.
Au bout d’un quart d’heure d’errance, nous devons nous résoudre à repartir vers Bergerac.
Problème : le pilote ne sait plus trop quel cap prendre !
Assis à l’avant droite, face à la queue, je parviens à me retourner puis à me mettre à genoux devant le tableau de bord. Connaissant bien la région pour y avoir passé mon brevet de pilote, je lui donne les indications nécessaires pour un retour direct.
J’en profite pour lui glisser que nous aimerions bien sauter sur notre terrain afin de compenser un peu la frustration, et qu’il pourrait peut-être en faire la demande au contrôle.
Nous survolons l’aéroport. Je le vois échanger avec la tour sans pouvoir entendre les échanges car je n’ai pas de casque.
Je lui crie :
— C’est bon, on peut y aller ?
Il me répond par un hochement de tête.
Je sors.
À peine stabilisé, je vois un avion qui passe sous ma verticale !
J’ouvre immédiatement et laisse échapper un juron aussitôt emporté par le vent.
De retour au bureau, je fais un compte rendu des événements au chef-pilote.
Celui-ci m’enjoint de le suivre pour aller rapporter les faits au patron de la société.
J’ai pressenti que cela avait mis un terme à la collaboration avec l’infortuné pilote-largueur…