Ce texte est né comme une participation à une discussion de forum consacrée au Noratlas. Le fil de départ portait sur des photos de Noratlas africains ; faute de pouvoir en proposer chaque jour de nouvelles, j’avais choisi d’y ajouter quelques souvenirs et anecdotes recueillis auprès de ceux qui avaient connu ou piloté « la Grise ».
[…] Comme je ne peux pas vous présenter des photos de Noratlas africains tous les jours, je me propose de vous livrer quelques anecdotes à son sujet, ou à propos de ceux qui l’ont piloté.
Il y a une vingtaine d’années, je traînais mes guêtres plusieurs fois par semaine sur la plateforme de Toussus-le-Noble. Je m’étais lié avec une figure locale, au caractère bien trempé, reconnue autant pour son expérience de pilote que pour sa propension à animer les repas de la cantine des avitailleurs du terrain.
Je l’adorais pour deux raisons :
- il était périgourdin comme moi ;
- il avait été pilote de la Grise avant de terminer au GLAM.
Le Périgourdin « pur jus » est reconnaissable à sa façon de rouler les « r » et d’honorer la dive bouteille en bonne compagnie.
Christian B. était de ce pur jus !
Ce qui ne l’empêchait pas d’être reconnu pour son savoir-faire auprès des élèves qu’il formait en vue de devenir professionnels. Certes, l’après-midi, il avait tendance à filer des beignes à l’élève qui suivait mal les aiguilles de l’ILS et à lui gueuler dessus. Bien sûr, il avait eu droit au célèbre sobriquet d’Aigle 4 (prononcez-le en anglais et vous comprendrez). Mais sa faconde, son « airmanship », faisaient oublier ses écarts, impardonnables de nos jours.
Et le Noratlas, dans tout ça ? me direz-vous.
J’y viens…
Je débouchais une deuxième chopine, et je mettais un franc dans le bastringue:
— Ho ! Papy B., c’était comment le Noratlas ?
Il slurpait prestement son verre en Duralex, le posait avec un sonore « poc ! » sur la table et, d’une voix tonitruante, annonçait théâtralement :
— LE NORRRATLAS… AVION RRRUSTIQUE À POUTRRRES APPARRRENTES, BOIT PLUS QUE SON MÉCANO, MAIS RRREND PLUS DE SERRRVICES !
— Rrremets ta chopine, Mathiou !