La météorite

Publié à l’origine sur un forum aéronautique, ce récit évoque un quasi-abordage sous voile survenu au-dessus de Royan au début des années 1980.

Royan, début des années 1980.

Je n’ai pas noté cet avatar dans mes carnets. Donc pas de saint à rappeler, juste la mémoire de l’adrénaline.

En cette période, cohabitaient encore les parachutes hémisphériques et les ailes.

Les premiers, éprouvés par des décennies de pratique, se trouvaient au summum de leurs performances. Ils étaient fiables et avaient la confiance de leurs pratiquants. Les seconds opposaient leurs défauts de jeunesse aux réfractaires au changement.

De ce fait, on larguait en premier les hémisphériques, qui « tiraient » en dessous de 800 m d’altitude, puis les ailes, qui ouvraient un peu plus haut, à moins de 1 000 m.

Le responsable de stick prenait en compte les caractéristiques des parachutes pour établir les ordres de passage.

En ce dimanche ensoleillé, l’avion largueur ensemençait le ciel saintongeais, rafraîchi par la brise venue de l’Atlantique. J’étais dans le premier passage avec mon aile et, après une chute solo, je me retrouvai pendu sous voile.

Entre-temps, l’avion avait fait demi-tour pour larguer le deuxième stick au-dessus du terrain.

J’étais peinard sous voile, en direction de la zone de poser, quand une météorite passa devant moi en rasant le bord d’attaque de ma voile.

Je n’ai rien vu, ou presque, de ce corps passant à 200 km/h à 1,50 m devant moi. Juste ressenti la turbulence et une sorte d’obscurcissement fugitif du champ de vision.

Mon cerveau s’est trouvé complètement figé. Impossible de réfléchir, de penser. Par pur automatisme, je me suis posé.

J’étais conscient d’avoir vécu quelque chose d’important et grave sans pouvoir l’analyser.

J’ai enfourné en vrac mon équipement dans le coffre de l’auto sans avoir pris la peine de le plier, et je suis rentré chez moi.

Ce n’est que plus tard que j’ai compris qu’un hémisphérique se trouvait dans le stick du second passage. On aurait dû intervertir nos places.

Même aujourd’hui, je ne comprends pas comment j’ai pu avoir le cerveau figé à ce point-là à l’issue de ce saut.