La blague au pilote

Il était un pilote dont les commandes de vol étaient le prolongement de ses membres. Ceux qui ont connu le CERP auront reconnu François L.

Une inclination particulière à l’aviation (la vraie) renforcée par une expérience liée aux rotations d’enfer qu’imposait la fréquentation du CERP, lui avait donné un sens de l’air et de la machine qui lui permettait de flirter avec les limites du Pilatus, sans jamais les franchir.

Sitôt le stick largué, le PC-6 Turbo Porter piquait droit sur le seuil de piste et amorçait un dernier virage à basse hauteur, ponctué immédiatement par un atterrissage court. C’était apprécié par les paras qui voyaient leur temps d’attente ainsi réduit. C’était aussi apprécié par tous ceux qui avaient le nez en l’air et regardaient, éberlués, cet avion qui fonçait vers le sol dans un bruit si particulier.

Ce jour-là avait vu se poser un Hercules C-130 de l’US Air Force. J’ignore quelle était la raison de sa présence, mais il était resté stationné la journée. L’équipage avait ouvert la trappe de toit du cockpit et était monté sur le fuselage du C-130 pour mieux suivre les évolutions de l’avion largueur, bien éloignées de leurs missions habituelles.

Je me souviens que l’un d’entre eux portait les mains sur sa tête lorsque François redressait l’appareil très près du sol, tant le spectacle le terrifiait. J’imagine que François devait en rajouter un peu, ne serait-ce que pour démontrer aux Yankees le savoir-faire gaulois.

Cela n’avait pas échappé au VR4 qui s’entraînait (les Coca ?), et l’un des compères profita d’un refuelling pour coincer discrètement une touffe d’herbe sur un saumon d’aile.

Il avisa François :

— Dis donc, tu es passé tellement bas au dernier virage qu’il me semble que l’aile a touché.

— Non… ce n’est pas possible ! répondit François, un poil anxieux.

— Viens, on va voir l’avion…

Bien sûr, la supercherie ne dura pas longtemps, mais cette blague était représentative de l’esprit qui régnait à Bergerac.