À propos de ce récit — Ce court texte est issu d’une discussion sur un forum aéronautique, au début des années 2000. Il répondait sur le ton de la plaisanterie à l’idée de « quitter un avion en vol » pour mieux apprivoiser sa peur de l’atterrissage.

L’anecdote qui suit circulait déjà chez les parachutistes lors de mon service militaire, à la fin des années 1970. Je n’ai jamais pu vérifier si elle était totalement authentique, mais elle était racontée avec suffisamment de détails et de conviction pour que chacun finisse par y croire.

Comme souvent dans le milieu para, la frontière entre histoire vécue, légende de caserne et tradition orale reste parfois délicieusement floue.

Bon, l’anecdote…

Il y a bien longtemps, lorsque le service militaire était obligatoire, les avions utilisés pour larguer les paras étaient les fameux Nord 2501.

Pour les néophytes, sachez que ces avions de transport à hélices étaient motorisés avec de puissants moteurs à explosion semblables, à quelque chose près, aux moteurs des avions de club.

Ils avaient des pistons, des bougies, des magnétos, consommaient de l’Avgas, et faisaient énormément de bruit. La comparaison s’arrête là, car la puissance nominale était de 2 068 CV.

En vol para, les portes étaient démontées et tous les passagers devaient avoir un parachute. Ce qui était bien normal, puisque la finalité de l’opération était de « jeter » ces jeunes par la porte…

À cette époque lointaine, disais-je, l’avion n’était pas aussi démocratisé que maintenant. Les compagnies low cost n’existaient pas et les vacances pour les ados résonnaient avec « colonie de vacances à La Bourboule après un long trajet en car ».

Nombre d’appelés ont même effectué leur premier vol en avion sans connaître l’atterrissage. De temps en temps, la coutume était d’offrir un baptême de l’air au chauffeur du bus qui avait amené les appelés sur le lieu d’embarquement.

Pour l’occasion, on l’équipait d’un parachute similaire aux bidasses et on le plaçait à l’avant de l’avion pour ne gêner personne.

Un jour, un chauffeur s’est vu gratifié d’un baptême de l’air et, visiblement, le chef largueur n’avait pas été mis au courant de la manip.

Je rappelle que dans cet avion, il fallait gueuler dans le creux de l’oreille de l’interlocuteur pour se faire entendre. C’est pour cela que les joyeux militaires s’entraînaient à réagir au son d’un klaxon, à des loupiotes verte et rouge, et aux signes non équivoques des largueurs.

Après le largage donc, le chef largueur, genre vieil adjudant peu cortiqué, s’aperçoit qu’il reste un type à l’avant de l’appareil et qui semble peu rassuré.

Il lui gueule :

— QU’EST-CE QUE TU FOUS ENCORE LÀ, TOI ?

Le chauffeur répond :

— JE SUIS CHAUFFEUR !

Le juteux comprend mal :

— AAH… T’AS PEUR ???

… et zou, il empoigne le bidasse et le balance par la porte.

L’histoire dit que le chauffeur de bus n’a pas pu décrocher un mot pendant une semaine, tellement il claquait des dents !