Dans les années 80, le GPS n’existait pas encore et les navigations aériennes se faisaient à l’estime ou à l’aide de moyens de radionavigation à la précision limitée.
Ce dimanche matin, la météo de Bergerac était affectée par une sorte de marais barométrique. Il n’y avait quasiment pas de vent, mais la nébulosité n’était pas propice à s’envoyer en l’air.
Une trouée salvatrice, associée à la pression des parachutistes qui n’en pouvaient plus d’attendre, a convaincu le pilote de mettre en route. J’étais parmi les chanceux qui sont montés dans l’avion.
Le Cessna 207 a pris son temps pour atteindre l’altitude de largage et, arrivés sur zone, nous avons découvert une mer blanche de nuages recouvrant l’aérodrome et sa région.
J’imagine que le pilote s’était appuyé sur les relèvements des VOR de Sauveterre-de-Guyenne et de Limoges pour estimer le top, mais c’était sans compter l’imprécision du système de positionnement et des appareils embarqués.
En chute, mes trois compères et moi avons rivalisé de manque d’adresse pour effectuer un VR4 approximatif, mais on s’en moquait : on avait sauté !
Là où les choses ont commencé à se gâter, c’est lorsqu’il a fallu franchir la couche, voile ouverte. Fort heureusement, nous avons pris des directions opposées pour ne pas nous percuter dans le blanc ouateux.
Lorsque j’ai émergé sous la couche, j’ai été surpris par l’absence de luminosité et surtout par le fait de ne rien reconnaître.
À 500 mètres d’altitude, je n’apercevais même pas la ville.
La campagne était riante mais semblait endormie en ce dimanche matin. Pas âme qui vive.
J’ai avisé, comme une incongruité, une piscine chauffée qui fumait dans l’air froid matinal. Je me suis dit qu’il y aurait sans doute du monde pour nous aider.
Je me suis posé le premier dans le jardin clôturé, suivi de mes partenaires. À cette époque, les voiles n’étaient pas rapides et permettaient encore des posés de précision.
Nous nous sommes regroupés puis sommes allés toquer à la porte.
Je revois encore la tête des habitants, surpris de nous voir surgir dans un endroit de leur propriété normalement inaccessible !
Il nous a été permis d’utiliser le téléphone de la maison pour appeler le Centre. S’en est suivi un dialogue à trois pour expliquer où nous étions.
Le Centre :
— Vous êtes où ?
Moi, aux hôtes :
— On est où, là ?
Je n’ai pas souvenir de la commune, mais j’ai dû répéter trois fois son nom, tant il paraissait invraisemblable que nous soyons aussi loin vers l’ouest.
Ce n’est qu’après une bonne demi-heure de route que Jean-Jacques Rajade est venu nous récupérer avec son break.
J’imagine que Bouton d’Or n’était pas assuré pour quitter l’enceinte de l’aérodrome.
On ne faisait pas beaucoup de sauts dans une journée…
Mais qu’est-ce qu’on se marrait !