Au siècle dernier, je passe ma qualification vol de nuit. L’avion est un bon, et pas si vieux, Cessna 182.
Je suis pilote privé et j’effectue mes heures après le boulot. Cela implique la fatigue de la journée et celle du trajet avec son lot d’embouteillages pour rejoindre l’aéroport de Toussus-le-Noble.
Ce soir-là, je dois réaliser mon premier vol solo qualificatif.
J’ai une lampe de poche pour la prévol, plus une frontale pour l’intérieur de l’avion. Pétri de culture aéronautique, j’ai une pile de rechange dans la poche de poitrine de ma chemise. On ne sait jamais !
J’y ajoute aussi les clés de ma voiture.
Le reste n’est que du standard habituel : mise en route, roulage, alignement et décollage.
En montée vers le ciel noir, je ressens l’émotion d’être seul à bord, de nuit. Cette émotion, je la ressens profondément, comme une chaleur intérieure.
Mes connaissances des facteurs humains me ramènent sur des explications plausibles, comme l’influence du stress sur l’organisme. J’occupe un peu mon esprit avec la rentrée du train, des volets, mais cette « chaleur émotionnelle » est plus que prenante, jusqu’au point où je m’écrie, épris de douleur :
— Putain ! Je brûle !
J’ai compris : la clé de mon automobile a touché les plots de la pile 9 V et fait un beau court-circuit !
Je plonge la main dans ma poche de chemise et en extrais la clé.
Je me marre… seul !