Francis C. était indissociable de Jean-Marie M. Belges tous les deux, avec un accent qui tranchait avec l’accent local, ils avaient combattu au Katanga et aux Comores avec Bob Denard.

Francis traînait à Bergerac avec son vieux Land Rover et ses deux chiens à l’aspect féroce.

J’avais eu l’occasion de sauter avec lui, un soir triste d’hiver où il faisait un froid de canard.

Nous étions tout près de la fin de l’année civile et, comme toujours dans ces cas-là, chacun se battait pour pouvoir dire :

— C’est moi qui ai fait le dernier saut de l’année !

Nous étions donc dans le dernier avion et j’avais fait en sorte de sortir le dernier avec mon copain d’alors, Francis.

Nous sommes sortis accrochés, mais très vite nous nous sommes séparés. Vu la différence de gabarit, il s’est éloigné de moi à une vitesse impressionnante, jusqu’à n’être plus qu’un point fuyant vers le sol.

La luminosité n’était déjà plus tout à fait celle du plein jour et je l’ai vu se fondre progressivement dans la pénombre de cette fin d’après-midi hivernale, tandis que je restais seul dans la chute.

Au sol, l’herbe était déjà gelée. À 4 000 mètres, avec le gradient thermique habituel, on devait flirter avec les -25 °C. Si on ajoutait l’effet de peau dû à la vitesse de chute, près de 180 km/h, c’est une température ressentie proche de -50°C qui nous avait saisis en quittant l’avion.

Je hurlais de douleur à cause du froid qui torturait mes mains mal protégées. J’étais partagé entre l’envie de tirer tout de suite pour abréger mes souffrances dues à la vitesse, mais je me disais aussi que je resterais plus longtemps sous voile, ce qui augmenterait mon calvaire.

Bref, après une période de combat interne, je me suis retrouvé pantelant sous ma voile.

La lumière baissait déjà au sol, mais je distinguais un cercle de personnes se formant autour de Francis, annonçant un problème.

Je me précipitai vers lui pour le découvrir grimaçant de douleur, avec le pied qui formait un angle droit avec la jambe.

— Les pompiers sont prévenus ! cria quelqu’un…

— Je ne veux pas partir à l’hôpital et laisser seuls mes clébards ! rétorqua l’ancien mercenaire…

— J’ai déjà vu ça une fois (il était Belge, je vous dis) au Katanga !

Là-dessus, il prit fermement son pied entre ses mains puissantes et… crac ! redressa le membre fracturé.

J’eus comme un haut-le-cœur, masqué heureusement par le pin-pon claironnant en approche qui détourna l’attention…