Brève de forum, mars 2003. Une promenade dominicale sur le Champ-de-Mars, une oreille dressée vers le ciel et la nostalgie du bruit des moteurs à pistons.
Je me promenais ce jour-là sur le Champ-de-Mars avec ma mie.
Rien de très aéronautique, me direz-vous.
Et pourtant…
Toujours en manque de pilotage, je suis à l’affût de tout ce qui vole. Le bourdonnement d’un avion tournant à haute altitude passe inaperçu pour le commun des promeneurs. Pas pour moi.
Comme le chien d’arrêt flaire le gibier avant tous les autres, je détecte presque automatiquement le ronronnement d’un moteur à pistons dans le ciel.
Cette faculté m’avait d’ailleurs rapporté quelques bières à l’époque du service militaire. Bien avant que mes camarades ne l’entendent, j’étais capable d’annoncer l’arrivée du Noratlas.
Bref, ce dimanche 9 mars 2003, entre quatorze et seize heures locales, il y avait un avion dans le ciel de Paris.
— Et alors ? objecteront les grincheux.
Mon avion à moi tournait en rond.
Depuis longtemps.
Et ce n’était même pas la première fois que je le remarquais.
À force de scruter le ciel, je finis par le repérer au sud de Paris. Il décrivait inlassablement des circuits anti-horaires à une altitude que j’estimais entre trois et quatre mille mètres.
Que pouvait bien faire un avion à pistons à tourner ainsi au-dessus de la capitale ?
Oh, il ne dessinait pas des cercles parfaits, plutôt des hippodromes un peu raccourcis.
Malgré la distance, je distinguais le bruit d’un moteur réglé sur un régime de croisière économique. À l’oreille, j’aurais parié sur un bimoteur, mais la silhouette ne laissait apparaître aucune excroissance sous les ailes.
Mono ou bimoteur ?
La question reste entière.
Quant à sa mission, je n’imaginais guère que du relais radio ou quelque autre tâche obscure dont seuls les pilotes professionnels connaissent les secrets.
Toujours est-il qu’au moment où je levais les yeux vers lui, quelqu’un travaillait là-haut.
Ami pilote professionnel, toi qui désespères peut-être de trouver un jour des galons dorés sur tes manches et d’accueillir des passagers à la porte d’un jet, sache qu’un simple promeneur communiait avec toi.
Tu t’imaginais peut-être bien seul dans ton zinc hors d’âge, en train d’aligner les hippodromes au-dessus du sud parisien.
Mais quelqu’un, en bas, t’écoutait travailler.
Puisses-tu continuer longtemps à faire vibrer le ciel de ton moteur et à apporter un peu de vie aéronautique à ceux qui restent au sol.